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Réinventons l’avenir !

Comme la plupart des pays développés, la France vit ce que les historiens appelleront peut-être demain la Grande Transition. Une période d'adaptation probablement longue, difficile, mais inévitable entre deux ères. Placés malgré eux à un carrefour majeur de leur histoire, et conscients de vivre dans un monde durablement globalisé, beaucoup de Français sont aujourd'hui mus par un désir de souveraineté nationale. S'ils restent attachés à la démocratie et à la liberté, leur tentation est grande de faire l'expérience de l'autoritarisme et de privilégier la sécurité. La crise sanitaire a été à la fois un révélateur et un accélérateur de l'anomie sociale et de l'anémie économique. Elle ne doit pas faire oublier non plus les autres grands défis que nous devons relever : environnemental ; démographique; sécuritaire; culturel; moral; politique; technologique.
 
Le système dominant (appelons le néocapitalisme ou capitalisme néolibéral) a produit au cours des décennies passées d'indéniables bienfaits, dont il faut d'abord lui rendre grâce. Mais il a montré ses limites et, plus récemment, ses dérives, avec notamment une remontée des inégalités (de formation, d'information, de revenu, de patrimoine, de perspectives), après dessiner de réduction. La concentration des puissances économiques, financières et médiatiques, et l'accroissement des monopoles d'entreprises et de leur pouvoir de marché ont détruit la notion fondatrice de concurrence. La multiplication des tentatives d'influence sur les cerveaux a fait croire que la consommation est une consolation. Cette idée est aujourd'hui remise en question.
 
Ainsi, la "main invisible " censée réguler les marchés a laissé place à un désordre inquiétant, dont témoigne le vide actuel de la science économique. D'autant que le système a largement détruit l'environnement, en puisant sans compter dans ses ressources, dans une vision court-termiste et amorale, essentiellement tournée vers le profit. La consommation est ainsi devenue consumation, au risque croissant de mettre le feu au monde, notre maison commune.
 
Mais les systèmes "alternatifs" proposés présentent aussi de graves insuffisances. La décroissance est un appauvrissement. Le protectionnisme est une illusion, le populisme une simplification dangereuse, le "précautionnisme" une anesthésie. Le "Grand Soir" est un rêve sans lendemain, tandis que le transhumanisme est une fuite en avant. L'écologie est la voie la plus prometteuse, mais il faudra choisir parmi toutes les nuances de vert celles qui accordent une place suffisante aux dimensions sociales et morales.
 
Le GPS (Grand Pacte de Solidarité) que je propose s'inscrit dans cette voie, en s'efforçant de l'enrichir et de l'actualiser. Son acronyme ne doit rien au hasard ; ce GPS a pour but de guider vers une "destination", choisie en commun, en proposant un "itinéraire" à partir du carrefour actuel, sans se tromper de direction ni revenir en arrière. Il est fondé sur trois principes : la responsabilité (individuelle mais aussi collective) ; la réalité (avec l'appréhension de sa complexité) ; la rationalité (qui nécessite le doute et l'ouverture d'esprit, la recherche d'informations et leur analyse sans prisme idéologique). Le GPS poursuit quatre objectifs complémentaires : liberté, égalité, solidarité, efficacité. Une façon de moderniser et de compléter un "modèle républicain" qui n'est plus en mesure de tenir ses promesses.
 
La mise en œuvre de ce nouveau paradigme implique des transformations profondes, comme la sanctuarisation des biens communs, une nouvelle conception de la croissance, une optimisation de l'usage de l'ensemble des ressources, l'identification et la fédération des "bonnes pratiques", le développement d'activités non délocalisables, la modulation et l'individualisation de la durée du travail, l'allongement de la vie active, l'expérimentation d'un revenu universel de base, l'instauration d'un revenu maximum, la promotion de valeurs post- matérialistes (tolérance, empathie, bienveillance, collaboration, partage...) ou un transfert des richesses par la solidarité (impôts et philanthropie). 
 
Toutes ces mesures, et bien d'autres encore, doivent être complétées (et crédibilisées) par une réduction des dépenses publiques, avec l'indispensable refonte de la très coûteuse suradministration française. Ces réformes ne pourront être vraiment mises en œuvre qu'en harmonie avec une superstructure européenne également rénovée, rendue plus efficace par une diminution drastique du nombre de pays-membres (cooptés en fonction de leurs visions communes et de leurs capacités à les mettre en œuvre). Avec, probablement, un cheminement vers le fédéralisme.
 
D'autres conditions sont à remplir pour réaliser ces transformations. Un accord devra être trouvé sur un diagnostic général et les pistes à privilégier. Priorité devra être donnée à l'intérêt général, au détriment éventuel d'intérêts personnels, corporatistes ou communautaires. Les responsables politiques ne sauraient y parvenir seuls, sans la participation active et bienveillante des citoyens. Celle aussi des entreprises, moteurs incontournables de l'économie. Sans oublier le soutien et l'engagement des médias et autres influenceurs de l'opinion. Tous devront aussi exercer une véritable "modération" des réseaux sociaux, qui sont trop souvent des outils de manipulation.
 
Il s'agit au total rien moins que de changer nos habitudes, modifier nos attitudes, remettre en cause nos certitudes ! Mais aussi de prendre un peu d'altitude, afin de voir plus loin. C'est donc un appel vibrant à l'union nationale qu'il faut d'urgence lancer et relayer pour proposer un avenir meilleur et plus durable à nos enfants, et faire mentir les prévisions des collapsologues. Nous savons tous à cet égard un devoir d'optimisme et d'action.
 
L'heure n'est donc pas aux débats et polémiques stériles sur le passé, la gestion de la crise sanitaire et autres comportements nourrissant les colères, rancœurs et divisions. Les idéologies de compétition devront pour un temps être rangées au vestiaire, au profit de celles favorisant la collaboration : l'idéalisme et l'humanisme. La réalisation de cette "utopie" est nécessaire; Elle est aussi possible, si nous le voulons. Avons-nous d'ailleurs le choix ? 
 
Gérard Mermet (article publié sur le site Atlantico le1er mars 2021)
 
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