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FRANCE, RÉVEILLE-TOI !

Pendant des décennies, je me suis imposé un"devoir d'optimisme", dans mes écrits comme dans mes paroles pour décrypter et décrire l’état de la France et ses perspectives d’avenir[1] (sans toutefois occulter la montée des dangers qui la guettaient). Au point parfois de faire preuve d’idéalisme, ou d’être accusé d’utopisme. Cette attitude délibérément positive à l’égard de mon pays n’est plus possible lorsque j’observe les menaces qui pèsent aujourd'hui sur lui (et, plus largement, sur une grande partie du monde). L’heure du réveil et de l’action est venue. Il est même déjà tard. Pourtant, une (dernière ?) chance nous est donnée avec l’élection présidentielle de 2027.

L’état d’esprit actuel de notre pays peut être globalement qualifié de "titanicien". À l'image des passagers du Titanic en 1912, les Français sont pour la plupart conscients des risques de naufrage du « bateau » France (même si certains préfèrent s’enfermer dans un déni de réalité). Mais beaucoup ont décidé de continuer à « profiter de le vie » en attendant l'issue inévitable à leurs yeux : le moment où l’un des "icebergs" qui se dressent devant le navire le percutera et le fera chavirer.

Les plus agiles (et aisés) ont déjà pris leurs précautions ; ils savent nager et se sont équipés de  « gilets de sauvetage » (pluri-nationalité, résidences et placements à l’étranger, etc.). Les autres, bien plus nombreux, on sombré dans le pessimisme (« ça va péter »), l'égoïsme ("après moi le déluge"), le délire ("encore une minute, monsieur le bourreau"), le « collapsisme » (« tout est foutu »). Autant de mauvaises parades aux multiples dangers de l'époque.

Ma conviction est que c’est notre préférence commune pour le confort individuel qui est à l’origine de ce risque croissant de chavirer. Il est le résultat d'un demi-siècle de tranquillité relative et d'insouciance : les Trente Glorieuses, suivies des Vingt Paresseuses. Cette partie de notre identité va devoir impérativement faire place au goût pour l’effort collectif, seul moyen d’entrer dans les années Courageuses. Notre France endormie est aujourd’hui condamnée à agir... ou à périr.

Il y a d’abord les menaces extérieures, souvent planétaires. Les plus fortement ressenties par la population sont environnementales. Qui peut nier aujourd'hui dans notre pays la réalité du réchauffement climatique, après les records de température enregistrés cet été, et la série d’incendies qui ont dévasté certaines régions, et le « stress hydrique » (une litote pour ne pas parler de manque d’eau) que la plupart ont subi ? Le temps n’est plus à la seule prévention ; il faut passer maintenant à la réparation, et surtout à l’adaptation. C’est-à-dire à une transformation totale de nos modes de réflexion, d’action et de vie. Ce que l’on appelle savamment un changement de paradigme. Ou de culture.

Ce changement est d’autant plus nécessaire que les problèmes environnementaux n’affectent pas seulement l’espèce humaine. Parmi les animaux, 41 % des amphibiens, 37 % des requins et raies, 30 % des coraux, 26 % des mammifères et 12 % des oiseaux sont menacés de disparition[2]. Même chose pour les végétaux : plus de 40 % des espèces (évaluées) sont en voie d’extinction, soit près de 15 000 sur environ 400 000 (connues). ²Sans compter les variétés désormais inadaptées au climat, comme certains cépages de vins et autres plantes inadaptées.

La seconde menace extérieure est géopolitique. Qui peut affirmer que l'obsession de Poutine de reconstituer l'empire soviétique s’arrêtera aux frontières de l'Europe, alors qu'il prévoit d'y masser des troupes dès le mois de septembre ? Qui peut savoir quand Trump pourra faire cesser la guerre qu’il a déclarée à l’Iran (et qu’il a déjà semble-t-il perdue) ? Qui peut prévoir la date de l'intervention de la Chine à Taïwan ? 

Ces deux menaces ont des conséquences économiques très lourdes pour le monde entier. En France, elles s'ajoutent à un endettement national moralement et financièrement insupportable, dû à l'écart toujours croissant entre les dépenses et les recettes. Le laisser filer davantage serait suicidaire pour l'image et la crédibilité du pays, déjà bien écornées. D'autant que les Français ne me semblent pas prêts à subir les contraintes qui lui seraient imposées par la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne réunis) comme elle l’a fait aux Grecs, Irlandais, Portugais, Espagnols ou Chypriotes depuis 2010.

Une telle situation (qui serait un camouflet) pourrait même provoquer chez nous une guerre civile, afin de désigner des « boucs émissaires », notamment parmi les politiques. Et faire oublier ainsi que chacun de nous porte une part de responsabilité. Ne serait-ce qu'en ayant accepté la dégradation collective lorsqu’elle lui profitait personnellement. Il est donc souhaitable que nous décidions nous-mêmes nous-mêmes de résoudre nos difficultés.

Les mauvaises nouvelles ne concernent pas seulement l'environnement, la situation géopolitique et l'endettement. Notre autonomie, rebaptisée souveraineté par certains partis pour bien marquer qu'elle est l'apanage d'une autorité supérieure, n'est plus assurée dans de nombreux domaines : alimentation; matières premières (métaux précieux, terres rares ;  composants électroniques...) ; industrie (automobile, biens d'équipement et de consommation...); santé (médicaments, soignants...) ;  défense, etc.

Notre avenir est également obscurci par notre incapacité à investir dans les infrastructures nouvelles (ni même entretenir celles qui existent), comme dans les investissements d’avenir comme la recherche et l'innovation, faute de  de volonté, d'autorité et de vision. L'État est obèse et inefficace; il ne parvient plus à assurer les grands équilibres comptables. Il fait désormais l'objet d'une grande défiance de la part des citoyens déçus par les promesses jamais tenues. 

La situation du pays n'est pas meilleure sur le plan social. Les fractures s'accroissent au rythme des factures ! Les tensions se durcissent entre les groupes sociaux : jeunes et seniors ; hommes et femmes ; Français "de souche" et étrangers ;  légalistes et anarchistes ; droitistes et gauchistes ; wokistes et libertariens... La cohésion nationale s'est ainsi peu à peu dissoute. L'une des conséquences de cette déliquescence est la chute spectaculaire de la démographie, qui va accélérer le vieillissement du pays, les besoins de main d’œuvre, le coût de financement de la retraite, de la santé, de la solitude et de la dépendance. 

Les dépenses « traditionnelles » seront d'autant plus difficiles à financer dans les prochaines années qu'il s’en ajoutera de nouvelles. Ce sera le cas notamment en matière environnementale, avec l’adaptation nécessaire des habitations, des lieux de production, de commerce et des infrastructures liée au réchauffement climatique, aux pollutions et autres risques.

Il en sera de même en matière de défense (la France n'est pas en mesure de faire face à une guerre conventionnelle, moins encore à un conflit « moderne ») , de sécurité (les effectifs de police, les moyens de surveillance, les personnels de justice et pénitentiaires, les places de prison apparaissent insuffisants...), d'éducation (les programmes scolaires et méthodes d'enseignement sont, a minima, à rénover), de santé (manque de soignants, d’équipements...), de recherche (investissements insuffisants...), etc. Dans chacun de ces domaines, il faudra intégrer les nouvelles technologies (I.A., robotique, informatique, biotechs, écolotechs...) et les actualiser au fur et à mesure de leurs progrès.

Il faudra satisfaire ceux qui se plaignent, souvent avec raison, de l'insuffisance de leur pouvoir d'achat :  agriculteurs, pompiers, médecins, enseignants, soignants, policiers, juges... Et les faire patienter, ce qui demandera une grande force de conviction. Tout cela coûtera des milliards d’euros , qui viendront s’ajouter à la dette si des économies et des recettes nouvelles ne sont pas trouvées. Et acceptées par les citoyens et les organisations concernées. L’équation, disons-le clairement, sera impossible à résoudre sans un effort collectif considérable.

Le paradoxe de la situation actuelle est que tout le monde sait, mais que personne (ou presque) ne bouge. La vie continue comme s’il ne s’était rien dans le monde et dans le pays. Le marketing et son arme principale, la publicité, continuent de nous pousser à consommer toujours plus, en nous abreuvant d'images idylliques dans un monde de Bisounours. Tout cela induit un malaise chez beaucoup de nos concitoyens,. Il explique la hausse spectaculaire des maladies de nature psychique dans la population.

Dans le même temps, les syndicats défendent comme par le passé les intérêts de leurs mandants, réclamant toujours plus de « moyens » et d'argent, n'hésitant pas à faire grève pour les obtenir, et dégrader ainsi davantage la situation nationale. Les actifs se battent pour maintenir (ou même avancer) l'âge légal de départ à la retraite, les retraités pour augmenter leurs pensions, les fonctionnaires pour maintenir leurs avantages. Les plus modestes revendiquent plus de pouvoir d’achat. Les plus aisés refusent de payer plus d’impôts. Chacun considère que son intérêt personnel est prioritaire par rapport à celui des autres, ignorant (ou faisant semblant d'ignorer) que les caisses du pays sont désespérément vides.

Au total, notre pays est miné par l'individualisme et l’égocentrisme ambiants. Ces deux travers expliquent l'accroissement des diverses formes d'incivilité et de délinquance, la déliquescence générale de la « morale », le refus de l’autorité (policière, judiciaire, éducative, scientifique, politique...). Au point que beaucoup de Français se disent aujourd’hui prêts à confier le pouvoir à des partis extrémistes (surtout de droite, moins souvent  de gauche), considérant qu’ils ont « tout essayé » en vain.

Ce discours de désillusion et de découragement est inquiétant. Les deux partis concernés n'ont de toute évidence pas l'ambition de combler les déséquilibres existants ; ils ne disposent pas de solutions crédibles pour y parvenir. L’extrême-droite est obsédée par l'immigration et hostile à l'Europe, dont nous aurons pourtant grand besoin (e (et que nous devrons contribuer à réformer lorsque nous aurons montré que nous sommes capables de le faire chez nous...). L’extrême ; gauche est obnubilée par le pouvoir d'achat des classes populaires et considère le recours aux "riches" comme la seule solution pour boucher les trous. En oubliant que beaucoup d'entre eux contribuent à la croissance nécessaire du pays, et qu'il serait préférable de leur demander gentiment plutôt que de les montrer du doigt et chercher à les punir. 

Pour lutter contre l’individualisme et l’égocentrisme dominants, l’immobilisme et la tentation extrémisme , il me paraît nécessaire de restaurer les  valeurs républicaines fondamentales : liberté, égalité, fraternité, démocratie, laïcité, unité... Mais aussi de les compléter par d’autres valeurs, que je qualifie de « post-individualistes ». Elles comprennent notamment le respect, la bienveillance, la tolérance, l’écoute, et d’autres attitudes altruistes. On peut les résumer en un mot : empathie. Elles ont pour but de lutter contre la difficulté  croissante de dialoguer, de s’entendre et coopérer entre les Français, entre les leaders des partis politiques ou même en leur sein. J’ajoute que ces valeurs d’ouverture ne doivent pas exclure la fermeté, la rigueur ou même l’intransigeance, lorsque l’empathie, qui mélange l’émotionnel et le rationnel au profit du réel, est absente des débats.

Dans ce contexte complexe et préoccupant, les observateurs et informateurs (médias, experts ; intellectuels et autres "influenceurs") font ce qu'ils peuvent... ou pensent devoir faire. Ils décrivent et illustrent les difficultés, menaces et faiblesses de notre pays, de sorte que nul ne peut prétendre les ignorer. Les journaux télévisés montrent ainsi quotidiennement la multiplication des catastrophes et des menaces, avec des images toujours spectaculaires. Mais elles s’avèrent très répétitives et finissent par lasser les Français (surtout les jeunes), et les inciter à se tourner vers les réseaux sociaux pour s'informer. Des espaces où fleurissent malheureusement les "vérités alternatives" (l'autre nom des mensonges).  

En dénonçant chaque jour les multiples risques de la vie (accidents, catastrophes, arnaques et faits divers...), les médias renforcent la paranoïa collective face à ce monde dangereux et au déclin national. L’accumulation des mauvaises nouvelles nourrit ainsi le pessimisme des Français, le déni ou l’indifférence, beaucoup plus qu’il ne les mobilise pour sortir de l’impasse. Beaucoup de médias cherchent certes à "compenser" les nombreux sujets d'inquiétude qu’ils abordent en donnant (généralement en fin d’édition) à rêver et à se "distraire" (au sens pascalien). Comme s'ils voulaient s'excuser d'avoir diffusé les informations qui précèdent et souhaitaient les faire oublier.Ce faux équilibre a un effet plutôt déstabilisateur sur les esprits.

Il est donc plus que temps de siffler la fin de la "récréation", qui n’en est pas une pour les Français responsables, inquiets et pessimistes. Et de décréter sans ambiguïté la mobilisation générale pour sauver la France ; La première étape est de dire la vérité aux citoyens : notre pays ne pourra pas sortir (et, au mieux, très progressivement) de la situation critique dans laquelle il se trouve s'il n’agit pas tout de suite, avec la participation de tous. Cela implique d'abord de produire plus, en allongeant la durée de travail au cours d'une vie et en repoussant l'âge moyen de départ à la retraite. Et, sauf pour les plus démunis, d’accepter que leur pouvoir d'achat moyen stagne pendant le « sauvetage ». Cela nécessite aussi de réduire les écarts de revenu (et de patrimoine) qui se sont fortement accrus entre le haut et le bas de la pyramide sociale.

Cela implique aussi d'attendre moins de l'État, qui devra se montrer plus efficace (l’un des mots-clés des transformations à opérer). En faisant mieux avec moins, comme le font la plupart de nos voisins européens, et en se montrant moins généreux envers les « profiteurs » du système social et certains fonctionnaires, et en réalisant ainsi des économies importantes sur les dépenses de fonctionnement. Le temps du "grand choc de simplification" régulièrement promis mais jamais réalisé, est venu. C'est seulement à ce prix (qu’il faudra payer pendant quelques années...) que la France pourra se redresser. 

L'élection présidentielle à venir l’an prochain nous offre une occasion unique d'amorcer ce changement de culture, peut-être même de civilisation. Seul un programme responsable, parfois à contre-courant des attentes mesurées par les sondages (hausse du pouvoir d’achat et de la sécurité, baisse des impôts et de l’âge légal de la retraite...), donc a priori impopulaire, permettra de redresser progressivement le pays. 

Ma conviction (et mon pari) est qu’un tel programme sera au contraire populaire s'il est porté par un candidat courageux, sincère, déterminé, compétent, empathique et pédagogue, indiscutablement prêt à sacrifier sa personne et sa carrière pour son pays. Il deviendrait ainsi le "sauveur" de la France que les Français attendent sans y croire. Comme le fut le général de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale, puis en 1958. Un personnage indépendant des idéologies, animé de convictions inébranlables, grandi par la mission qu'il s'est donnée, détenteur d'une autorité certaine, prêt à déplacer les montagnes avec l’aide de ses concitoyens. Un tel candidat pourrait, j’en suis sûr, entraîner les (nombreux) électeurs conscients et responsables, et être élu président de la République.

Hélas, je ne vois guère aujourd’hui dans les mesures proposées par les candidats (déclarés ou potentiels) de propositions à la hauteur des enjeux, sur la plupart des sujets. Comme lors de chaque campagne électorale, le grand danger est que l’on promette encore de "raser gratis" et d’aller sans effort vers un avenir radieux. Ce serait un mensonge aux lourdes conséquences.

Ne soyons pas naïfs et ne comptons pas sur la chance, l’intervention divine ou l’aide spontanée des autres pays pour sortir de l’ornière. Comment imaginer que, pour nous être agréable et nous laisser dormir tranquille, la température de la planète s’abaissera subitement et durablement ? Que Trump cessera par humanité de bouleverser la vie du monde, en supprimant les taxes qu’il a instaurées et en redevenant un allié inconditionnel de l’Europe ? Que Poutine se retirera de l'Ukraine en s’excusant auprès d’elle de l’avoir attaquée et en remboursant tous les dommages qu’il a causés ? Et surtout que la France réduira sa dette avec de l’argent magique, tout en continuant d'accroître ses dépenses ?

Les graves difficultés qui affaiblissent chaque jour un peu plus notre pays ne pourront se résorber que progressivement, avec la participation résolue des (nombreux) citoyens qui ne sont pas dupes. Seul un effort collectif, massif et continu, permettra de construire un avenir meilleur. L'État devra faire des économies pour financer ses dépenses de fonctionnement, et ses dépenses d’avenir, tout en commençant à réduire le montant de sa dette. Qu’on le veuille ou non, il sera  contraint de faire appel à ceux que cela gênera le moins. Il ne pourra pas accroître le pouvoir d’achat des « classes moyennes » pendant les prochaines années ; leurs membres devront donc accepter de puiser un peu dans leur épargne abondante (18% de leur revenu disponible), laquelle devra aussi être véritablement dirigée vers l’économie et favoriser la croissance.

Des choix difficiles mais nécessaires vont donc devoir être faits, des priorités vont devoir être établies. C’est bien un plan de rigueur qu’il faudra mettre en place, en le disant clairement et en expliquant aux Français que toute autre solution serait mensongère. Réduire la dette tout en finançant les dépenses d'investissement nécessaires pour préparer l'avenir ne sera mathématiquement possible qu’en diminuant les dépenses actuelles (et/ou en augmentant l'efficacité de chacune d'elles), tout en créant plus de croissance et en obtenant plus de recettes.

De même, on ne pourra augmenter les revenus des Français (et donc ceux de l’État) qu’avec une croissance plus forte, ce qui implique de travailler plus longtemps, plus efficacement. En contrepartie des efforts consentis, le nouvel élu pourra ainsi s’engager à obtenir des résultats tangibles en fin de mandat... et à démissionner si ce n’est pas le cas.

C'est en osant dire ces vérités aux Français que le candidat du « réveil » pourra les convaincre de participer à la reconstruction du pays. Un objectif difficile et exaltant. Il ne s'agit pas de promettre "du sang et des larmes ». La France n’est pas en guerre, et il faut souhaiter qu’elle ne le sera pas dans les cinq ans qui viennent, ce qui changerait bien sûr la donne. Il s’agit de donner la priorité à la cause nationale plutôt qu'aux attentes individuelles des citoyens ou aux ambitions personnelles des dirigeants. E

Devenir "fourmi" paraît être la moindre des choses pour un État qui s’est comporté en "cigale" pendant des décennies. Avec la bénédiction (ou au moins l’acceptation) des citoyens. Lesquels ont réussi pendant ce temps à accroître leur taux d’épargne (18% du revenu disponible actuel) ! C'est pourquoi il ne me paraît pas anormal de demander aux retraités, qui ont largement bénéficié des décennies dorées tout en accumulant un patrimoine supérieur à celui des actifs, de participer davantage à l'effort collectif que les membres des générations Y et Z, nés avec les crises. Pas pour s'excuser d'être des "boomers" ; la plupart d’entre eux n'étaient pas conscients de leur chance d’être nés au bon moment, et beaucoup ont aidé leurs descendants, inversant ainsi la solidarité intergénérationnelle. Mais pour qu’ils « rendent » à la collectivité une partie de ce qu’ils ont pu gagner lorsque le ratio  d’actifs pour un inactif était beaucoup plus favorable.

Ce serait pour eux une belle façon d'encourager les plus jeunes (qui sont par nature les plus concernés par l’avenir) à participer au sauvetage du pays. Les menaces actuelles sur la France ne sont pas une simple parenthèse, un "mauvais moment à passer"; elles sont les signes annonciateurs d'une catastrophe durable si la France ne se réveille pas. Le goût du confort qui nous caractérise ne pourra inverser le sens de l'histoire s’il ne cède as la place à celui de l’effort collectif.

Les Français sont bien conscients, au fond d'eux-mêmes, de l'ampleur des défis à relever et du déclin irrémédiable de leur pays si rien de fort n'est accompli. Beaucoup sont prêts à y participer sous la conduite d'un « président-coach » convaincu et convainquant, qui leur indiquera le chemin, leur montrera l'exemple et les impliquera dans cette aventure difficile, mais exaltante. Pourquoi aucun des candidats déclarés n'ose-t-il pas aujourd'hui tenir ce discours de vérité, qui est le seul possible pour mobiliser le pays ?

Par leur absence de courage, d'autorité naturelle et d'implication personnelle, les candidats  des partis dits "de gouvernement" laissent le champ libre aux populistes d'extrême-droite, qui font croire aux Français que le problème principal (ou même unique) de la France est l’immigration. Ils laissent aussi le champ libre aux populistes d'extrême-gauche, dont les modèles sont des dictateurs patentés, et qui rêvent de prendre le pouvoir en installant le chaos. Tous sont des marchands de sommeil aveugles aux réalités, essentiellement soucieux de leur propre avenir. Il ne faudra pas tomber dans les pièges mortifères qu’ils nous tendent.

Les candidats à l’élection présidentielle des partis "sérieux" ne semblent pas aujourd’hui en mesure de faire beaucoup mieux que les extrémistes. Chacun d'eux tente de convaincre qu'il est le seul capable dans son camp de résoudre les innombrables difficultés en cours et à venir. Il reste peu de temps pour qu’ils réalisent que leur seule chance de «  sauver la France » est de s'unir. Cela ne leur interdirait pas de faire passer leurs idées et convictions dans un "programme commun" rassembleur et de se préparer à le mettre en place au sein d'un gouvernement d'union nationale. Seule une primaire ouverte entre les candidats de la droite, du centre et  même de la gauche "traditionnelle", élargie à des personnalités de la "société civile", arbitrée par les électeurs de l’« arc républicain » pourrait faire ainsi émerger un "sauveur".

Mais l'exercice paraît difficile aujourd'hui, tant les egos de chacun sont surdimensionnés. À défaut, les candidats les moins soutenus dans les sondages, et se sentant le moins capables  en leur for intérieur, de jouer ce rôle et de marquer l’Histoire, devraient se désister au profit d'un candidat a priori mieux armé qu’eux. Et promettre de se ranger aux côtés de celui qui sera ainsi désigné. Ce ne serait pas déchoir que de faire ainsi taire son ambition personnelle au profit de l'intérêt général. Les candidats qui auraient ce courage en sortiraient au contraire grandis. Il est en effet des moments où les querelles intestines doivent cesser ; au profit de la patrie, lorsqu’elle est en danger. C'est évidemment le cas aujourd'hui. 

Yes, we can, affirmait Barack Obama, à la suite de la primaire du New Hampshire de 2008 qui l'a désigné comme candidat. Cette promesse, alliée à sa forte personnalité, lui a permis de devenir par deux fois président des États-Unis. Même s'il est très différent d'Obama (dans sa personne, son programme ou sa méthode) le candidat susceptible de "sauver la France" devrait s'approprier ce slogan. Ou faire sienne cette vieille maxime d’origine latine, qui dit presque la même chose : « vouloir, c’est pouvoir ». À condition d’être suffisamment nombreux à vouloir.

Gérard Mermet

Sociologue, directeur du cabinet de conseil et d’étude Francoscopie. Tribune publiée sur le site Atlantico.fr le 29 août 2026.


[1] Notamment dans la série des 15 Francoscopie publiés à ce jour (Larousse).

[2] UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature.